Tout sur Boadicée, la reine des Icènes

En 43 de notre ère, les Romains envahissent la Bretagne (l’actuelle Angleterre) et en soumettent les habitants. Moins de 20 ans après, en 60, une confédération de peuples déclenche une formidable rébellion. Elle est conduite par une femme, Boudica, plus connue sous le nom de Boadicée.

Ce combat élève Boadicée au rang des héros celtes qui comme Vercingétorix en Gaule, ont lutté avec la dernière énergie pour libérer leur pays du joug romain. Aujourd’hui encore, Boadicée et considérée en Angleterre comme une héroïne nationale.

Entre légende et réalité

C’est sans doute entre 43 et 45, peu après la conquête de la Bretagne par les Romains, que Boadicée a épousé le roi des Icènes, un peuple d’origine celte installé dans une région isolée du sud-est de l’Angleterre, qui correspond au Norfolk actuel. On ne connaît de la reine que le portrait pittoresque mais apocryphe qu’en a tracé l’historien grec Dion Cassius, cent cinquante ans après les évènements: « Elle était forte de carrure, terrifiante d’aspect, et avec une voix rude. Une grosse masse de cheveux d’un rouge vif tombait jusqu’à ses genoux. Elle portait un grand collier en or torsadé et une tunique aux nombreuses couleurs, par-dessus laquelle il y avait un manteau épais, attaché par une épingle ».

Si cette évocation assez effrayante, loin de la description de Cléopâtre, ne correspond sans doute guère à la réalité, en revanche la grande énergie de la reine et sa haine envers les Romains ne font aucun doute.

Ce sentiment très vif remonte peut-être aux premières humiliations infligées par les occupants. Quelques années après la conquête, à la suite de troubles causés dans la province par des Belges réfugiés du continent, le gouverneur décide de désarmer toutes les tribus, y compris celle qui, commes les Icènes, ont passé un traîté d’alliance avec Rome. Indignés par cette mesure aussitôt appliquée, les Icènes se révoltèrent pour la première fois, sans succès. Mais Boadicée et les siens n’oublieront jamais l’affront subi.

Un testament non respecté

Quand il meurt en 59, l’époux de Boadicée laisse un testament qui désigne conjointement pour lui succéder d’une part l’empereur, qui est alors Néron, d’autre part les 2 filles qu’il a eues de la reine. Le roi pense ainsi conserver à son royaume un certain degré d’autonomie, à l’intérieur d’un empire auquel il sait que les Icènes ne peuvent résister. Mais les autorités romaines ne tiennent aucun compte des dispositions testamentaires du défunt. Le procurateur, c’est à dire le fonctionnaire chargé de l’administration financière de la Bretagne, confisque les biens royaux. Boadicée proteste et revendique son héritage. Elle ne réussit cependant qu’à déchaîner la violence des occupants: elle-même est rouée de coups, ses filles sont violées.

En outrageant la reine, c’est son peuple tout entier que les Romains humilient une nouvelle fois. Boadicée est unanimement soutenue par les Icènes qui réclament vengeance. Très vite, la reine réunit autour d’elle les autres peuples Bretons mécontents. Parmi les premiers alliés se présentent les Trinovantes, poussés à bout par les exactions des vétérans, anciens soldats romaines installés sur les terres autour de Camulodunum (la future Colchester). Les autres tribus se joignent à la rébellion en vertu du sentiment patriotique et surtout par exaspération contre les prélèvements fiscaux effectués par les Romains.

Une lutte à mort

C’est probablement lors d’un rassemblement chez les Icènes, au cours de l’hiver 59-60, que les Bretons décident de lever des hommes dans chaque tribu et de les réunir sous la direction d’un seul chef: la reine Boadicée. En quelques mois, tout est prêt pour entreprendre la guerre de libération; celle-ci a eu lieu pendant la belle saison à l’été 60.

La première offensive porte sur Camulodunum, où les colons haïs sont sauvagement exterminés. Forts de leur succès, les Bretons anéantissent ensuite l’infanterie de toute une légion. Dans l’est de la Bretagne, il n’y a plus de légion romaine capable de leur résister. En effet le gros de l’armée mené par le gouverneur, fait alors campagne au pays de Galles, où l’expansion romaine rencontre une résistance farouche.  Aussitôt avertis du soulèvement qui s’est produit à l’Est, les Romains reviennent en toute hâte: pas assez vite néanmoins pour protéger Londinium (Londres) et Verulamium (Saint-Albans) que Boadicée a entreprise d’attaquer.

Les troupes de la reine font un véritable massacre. Depuis le début de la rébellion, elles ont tué 70,000 romains ou Bretons pro-romains, incendié et pillé les 3 principales villes de la province.

Après ces évènements tragiques, le gouverneur regroupe une partie de ses légions dans le nord-ouest du pays. Boadicée, décidée à lui porter le coup fatal, s’avance à sa rencontre. À la fin de l’été ou au début de l’automne 60, les 2 armées se livrent à une bataille décisive. Mais elle tourne au désastre pour les insurgés. Les guerriers bretons manquent d’expérience et surtout, venant de tribus différentes, ils n’ont pas l’habitude de combattre ensemble. Malgré tous les efforts de Boadicée, la vagues désordonnées de barbares pourtant beaucoup plus nombreux que leurs adversaires, se brisent contre la stratégie et la discipline romaines. La reine choisir la mort plutôt que l’humiliation de la défaite et de la capitulation: sans hésiter, elle s’empoisonne.

Digne héritière de ses ancêtres celtes

Par son énergie et sa détermination, Boadicée est une figure emblématique du courage des femmes celtes. À plusieurs reprises, les historiens romains ont exprimé leur étonnement devant ces héroïnes capables d’en remontrer aux hommes. Ainsi, Plutarque fait l’éloge de la Gauloise Éponine de Langres, réfugiée avec son mari dans une grotte après une révolte et qui le cacha pendant 9 ans. Il raconte également qu’en 102 avant notre ère, des femmes participèrent au combat qui opposa en Gaule le consul romain Marius à la peuplade celtique des Ambrons.

Au cours de la lutte, les Ambrons se replièrent sur leur camp. Cette retraite fit honte à leurs femmes qui se jetèrent à leur tour dans la bataille. Elle se précipitèrent sur les Romains aussi bien que sur les fuyards. Les Ambrons furent cependantbattus mais leurs épouses plutôt que de tomber aux mains de l’ennemi achevèrent les survivants, puis se donnèrent la mort ainsi qu’à leurs enfants.

Un siècle et demi plus tard, Boadicée suit fièrement leur exemple.

Regardez le documentaire suivant sur la vie de Boadicée

Étonnantes Celtes

D’après les témoignages des historiens anciens, les femmes celtes sont autorisées, dans des situations graves, à exprimer leur avis et donner des conseils. Certaines Celtes, comme Boadicée, ont même exercé le pouvoir et commandé aux guerriers. Ce sont là des moeurs bien différentes de celles des Grecs et des Romains, dont les femmes ne sortent guère du foyer.

Cartimandua

Reine du peuple breton des Brigantes, Cartimandua est une contemporaine de Boadicée. Après l’invasion romaine, elle choisit, contrairement à la reine des Icènes de collaborer avec les conquérants. Elle en vient par exemple à livrer aux Romains le chef rebelle des tribus Belges qui avait cherché refuge auprès d’elle. Une telle servilité finit par indigner son peuple. Celui-ci se révolte contre Cartimandua ce qui provoque l’intervention des Romains. Cartimandua perd son trône et l’état brigante son autonomie.

La princesse de Vix

On l’appelle Princesse de Vix à cause du village prochine de Châtillon-sur-Seine, où sa sépulture a été découverte en 1953. Elle a vécu bien avant Boadicée et Cartimandua, à la fin du 6ième siècle avant notre ère. Elle a peut-être également dirigé un peuple celte. Les magnifiques objets déposés dans sa tombe indiquent que cette femme âgée de trente ans environ au moment de sa mort, occupait une position très importante, peut-être chef ou princesse, et qu’elle appartenait à une famille princière qui seule pouvait posséder de telles richesses. La dame était allongée sur un char de parage, le front ceint d’un diadème en or pensant près d’une livre. À ses côtés, se trouvait en particulier le fameux vase de Vix, énorme cratère de bronze.

Conclusion

Près de Châtillon, deux autre sépultures féminines ont été mises au jour. Celles-ci montrent que le cas de la princesse de VIx n’était pas unique et que les femmes pouvaient accéder au sommet de la hiérarchie sociale et sans doute aussi politique.

 

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